Une petite histoire de 100 ans d'âge sur les horreurs de la guerre


  Trouvé sur le Blog "Le Pays de Tseu"
 
 

  PAUVRE PIERROT !

Piquée u miyeu d’la co Immobile au milieu de la cour

Depeu l’miyeu d’la co, al les a vu, les dous dzendarmes que montin le ts’min. Quand i an poussi la barrire pe v’ni dans la co, al a pas bodzi la Maria.

"Au nom de la République... ... ..." Mâ, la Maria, al a ran entendu. Al a pas pri l’papi des dzendarmes. Al a tsomé piquée u miyeu d’la co.
Les dzendarmes san r’parti san ran dère. Fau pas la dérandzi la Maria, al cause à son gars, l’Piârrot qu’va pas rev’ni d’la guerre.

Tot san, y éto l’matin ; hé bin l’sa , la Maria éto toudze piquée u miyeu d’la co. Y s’san mis à pusieurs p’la fâre rentré vés leuille. Poure Maria, y a fallu la fâre enfremé vés les fous, à l’asile.
 
Al va bié achteure ; al dérandze pu guère son monde. Tote la dzornée, piquée u miyeu d’la co, à l’asile, al cause à son ch’tit Piârrot :
"Piârrot, va don m’qu'ri du ch’tit bos p’almé l’fu… … Piârrot, va don rentré la tseuvre …Piârrot, y fau m’fautsi du triolet p’les lapins …Piârrot… Piârrot… ".
Ah bin son Piârrot, y é ti un brave ch’tit gâ ! Pas bié cauzant, y é seûr. Ô dé pas grand tsouze achteure. Mâ, sa mére l’entend enco… Epi ô fâ tot s’qu’al li d’mande...

Poure Piârrot ! La guerre, al en fini pas d'li tué sa mére...


Depuis le milieu de la cour, elle les a vus, les deux gendarmes qui montaient le chemin. Quand ils ont poussé la barrière pour entrer dans la cour, elle n’a pas bougé la Maria.

"Au nom de la République... ... ..." Mais la Maria n’a rien entendu. Elle n’a pas pris le papier des gendarmes. Elle est restée debout, immobile au milieu de la cour.
Les gendarmes sont repartis sans rien dire. Il ne faut pas déranger la Maria ; elle parle à son fils, son Pierrot qui ne reviendra pas de la guerre.

Tout ça, s’est passé ce matin et le soir la Maria n’a pas changé de place, elle est toujours debout au milieu de la cour. Il a fallu plusieurs personnes pour la faire rentrer chez elle. Pauvre Maria, on a dû la conduire à l’hôpital psychiatrique.

Elle va bien maintenant ; elle ne dérange plus personne. Elle est toute la journée, immobile au milieu de la cour ; elle parle à son Pierrot :
"Pierrot, vas me chercher du petit bois pour allumer du feu…. Pierrot, vas rentrer la chèvre…. Pierrot, vas faucher du trèfle pour les lapins…Pierrot….Pierrot…. "
Pierrot est un gentil garçon ! Il ne parle pas beaucoup maintenant… ! Mais sa mère l’entend, c’est l’essentiel... Et il fait tout ce qu’elle lui demande...
 
Pauvre Pierrot ! La guerre continue à lui tuer sa mère...