De l'esclavage des nègres
"Si j'avais à soutenir le droit que
nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :
Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû
mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher
tant de terres.
Le
sucre serait trop cher, si l'on ne faisait travailler la plante qui le
produit par des esclaves.
Ceux
dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête ; et ils ont
le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre.
On ne
peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait
mis une âme, surtout bonne, dans un corps tout noir.
On peut
juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les
Egyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d'une si grande
conséquence, qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur
tombaient entre les mains.
Une
preuve que les nègres n'ont pas le sens commun c'est qu'ils font plus
de cas d'un collier de verre que de l'or qui, chez les nations
policées, est d'une si grande conséquence.
Il est
impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ;
parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire
que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens."
Montesquieu,
"De l'Esprit des Lois", Livre XV, chap. 5, 1748.