MONOLOGUES CHAROLLAIS

Pan!...dans l'Carnier
Voici la chasse fantastique
D'un vrai tartarin charollais.
L'auteur la déclare authentique
Vous y croirez si vous voulez...
1
Me promenant vers la rivière
A côté du pont de Long'ron,
Je lanc' ma ligne pour me distraire
Et prendre une friture de goujons.
Tout d'un coup, j'suis comme un homme ivre,
V'là qu'on m'secoue comme un panier.
J' ramène un brochet de quinz' livres.
Pan!... dans le carnier !...
2
J'rentr' chez nous prendre mon fusil de chasse,
J'emport' le brochet avec moi.
Car dans l'quartier, les chats voraces
Boulot'raient bien cet oiseau-là...
Du l' Mollas d' Pretin, quelle aubaine,
De gros lapins m' cour'nt dans les pieds.
J'en tue bien un quart de douzaine,
Pan!... dans le carnier !...
3
Plus loin, je rencontre des cailles,
Des perdrix, des faisans dorés,
Mais j' veux pas leur livrer bataille,
Faut leur laisser la temps d' respirer.
Puis un' chanson monte à mes lèvres
Quand j'vois deux oreill's se r'dresser,
Pan!... dans le carnier !...
4
De nouveau j'pass' sur la rivière,
Deux carpes baillaient sous le pont.
J'leur flanqu'un coup d'pied dans l'derrière
Pour les extraire du bouillon,
J'rangeais mes poissons lorsqu'en face,
Surgit un beau r'nard argenté.
D'un seul coup d' fusil je l' fracasse
Pan!... dans le carnier !...
5
J'me dis mon vieux, ça c'est d' l'ouvrage
Et j' longeais le bois d' l'hopital
Soudain v'la qu' ça r'mue sous l' feuillage
Un lapin ?... ça d'viendrait banal.
Mais non, c'est une énorme bête,
C'est un superbe sanglier,
J' l'abats d'un' seul' ball' dans la tête.
Pan!... dans le carnier !...
6
j'emportais les produits d'ma chasse
Heureux et content comme un roi.
Soudain j'voudrais bien changer d' place.
Deux pandor's se dress'nt devant moi.
J' réfléchis pas même une minute,
Y vont m' prendr' pour un braconnier.
D'un coup d'feu je les exécute,
Pan!... dans le carnier !...
22 Décembre 1933
La voix du Grand-Père Ravaux
Depuis longtemps le gâs Dzean-Pierre
Voulot s’en aller à Paris
En délaissant son pour’ vieux père
Sa mère à peu ses bons amis…
Quand aul étot dans le villadze
Aul aimot trop le forgeron
C’tu là qu’y a dans l’ bout du villadze
Qu’on nomm’ Pierre Cayot le « breulon » !
Pas plutôt sorti de la classe
Aul allot li tirer l’soufflet…
Pir’ qu’un vieux forgeron de race,
Aul y avot le coup tout-à-fait !
Cayot qu’avot besoin d’un aide
Prend le jeune homme comme apprenti
Mais v’la que son pèr’ tombe malède
L’gâs est obligé d’en sorti.
Voici que sur c’tes entrefaites
La guerr’ prend fin, l’père est debout :
Mais l’gâs qu’à des idées en tête
Ne voudrot pus rester tcé nous…
Ca tombe à pic, l’ cousin Baptiste
L’y écrit qu’au travaill’ chez « Citron »
On embauch’: t’as qu’à suivre ma piste
Radine à Paris, mon garçon !…
Et lu qu’avot forgé trois s’maines
Au s’croyot d’jà mécanicien
Adieu locat’ries et domaines.
A Paris on m’embauch’ra bien !
Vous dir’ le départ de Dzean-Pierre
Y est trop triste à vous raconter.
La mèr’ Jeanne et son pour’ vieux père
Pleurint en l’suppliant de rester...
Au moins va prier sur la tombe
De ton grand’père un’ dernier’ fois
Car bien avant que la nuit tombe
Tu seras plus son p’tit gâs !
Il alla dans le cimetière
Où sont réunis ses aïeux.
Penché sur la dalle de pierre
Des larmes vinrent à ses yeux…
Les ugeaux tçantint à la ronde
La gaîté parmi les tombeaux.
Puis une vois se fit profonde :
La voix du grand’père Ravaux !
« Et mon gâs qui qu’y est que c’t’ histoère,
Te t'en veux couri les grands t’çmins
Pour apporter quoi? d’la misère,
Laisser tes parents dans l’besoin.
T’ vous calfeutrer dans une usine,
Ton clot’ci te ne l’ verras pus.
T’entendras le bruit des matçines,
Et non la voix de tes grands bus !
T’auras c’ qui manque dans notr’ village,
Du théatre et des distractions.
Mais mon gâs, prends garde au chômage
Qu’ pou v’ni dans la mauvais’ saison.
T’voux gagner des sous, qu’tu figures
Qu’ les citadins sont tous heureux.
Y’en a qu’ se serront la ceinture
Et que r’grettont ben leu chez eux !
Tce’ nous le travail est pus rude
Te mandz’ras todzos à ta faim.
Conserve donc tes habitudes
Sèm’ du blé pour avoir du pain !...
A peu te laiss’ros la Glaudine
Que t’aimos déjà tot’ enfant.
La pauv’ ch’tite en s’ros trop chagrine,
Toi qu’à bon coeur, fais pas l’méchant !
Et te délaiss’ros la chaumière
Où dz’ai vu naître tous les tiens.
Réflechis, reflechis ! Dzean-Pierre !
T’es pas un lâch’ ni un vaurien ? »
Sur ces mots la voix sépulcrale
S’éteignit, laissant un grand froid.
Dzean-Pierr’, se relevant tout pâle
Ne fit qu’un grand signe de croix.
Puis il courut vers la demeure
De ses vieux, comme un vagabond.
Ouvrez ! Ouvrez ! C’est moi qui pleure
Et viens vous demander pardon !
Octobre 1932
L'ours de Molaise
J’ai peur de personne au monde
Disait l’ Pierre qu’était vantard.
Il témoignait à la ronde
Qu’il n’était jamais froussard.
Les vauriens, les chiens féroces
J’ les époutis quand je veux.
Ils peuv’nt récolter des bosses
Car je suis un gars nerveux.
Un soir, comme de coutume,
Il avait bu comme un trou.
C’était pour chasser son rhume,
Mais y t’nait encor’ debout.
Il remontait en Molaise
En chantant joyeusement,
Bien entrain et tout à l’aise,
Sans souci des revenants.
Soudain, près du cimetière,
Une forme se dressa.
Et notre héroïque Pierre,
Pris d’un grand frisson trembla.
Il vit un ours fantastique
Droit se dresser devant lui.
Une bête diabolique
Aux yeux de feu dans la nuit.
Halte-là ! ou je t’assome !
Mais le monstre ne bougea.
Ce fut bel et bien notre homme
Effrayé qui recula.
L’ours se mit à quatre pattes
En grognant tel un pourceau
Le Pierre se carapatte
Et s’enfuit comme un oiseau.
L’ours se mit à sa poursuite,
Frôlant de près ses talons.
Il en perdit dans la fuite
Un sabot chez Roberjon.
Arrivant vers la barrière,
Il perdit l’autre sabot,
En tomba sur le derrière
Qui lui servit de rabot.
Et le vieil ours en personne,
Se tordait comme un bossu.
Bravement il abandonne
Sa victime, et disparu.
Croyant la bête bizarre
Le poursuivre avec ardeur,
Pierr’ s’enfuya vers la gare,
En hurlant comme un voleur.
Il arrive en Garaudaine,
Mais un gros boeuf l’effraya.
Dans une mare prochaine
Un peu plus il se noya.
Heureusement que sa femme,
Sans doute veillant sur lui,
Evita qu’il rendit l’âme
En le repéchant sans bruit.
Notre ventard par nature,
S’en alla le lendemain,
Pour conter son aventure
A l’ours qu’était son voisin.
Qui lui dit : Vieille bourrique
C’que t’as pris pour un ourson
N’était qu’une piau de bique,
Et tu n’es qu’un cornichon !
Depuis ce jour, en Molaise
L’ours ne rôde plus chez nous.
A Macy, pour vivre à l’aise,
Est allé planter ses choux.
31 Novembre 1944
D'ze m'promène
Y avot p't être environ trois s'maines
Que le grand Louis étot marié
Davou la grande Philomène
Que beaucoup avait espéré.
Y z'étins heureux c'mment des anges
Car yétot la lune de miel,
Yétot l'bonheur en arc-en-ciel,
A rendre jalous' des mésanges !
Mais y fallut se séparer
Pour partir un jour à la foère,
Yétot la plus gross' de Dompierre
Et Philomène de pleurer.
Mais breuye donc pas, ma grande amie
Dès ce soir je s'rais de retour.
Allons bis'me donc mon amour
Et que ta peine soit finie.
Au partit davou l'Mathurin
Qu'avot un' gross' automobile :
Et qu'l'y dit : Fais te donc pas de bile !
Ton épous' se consol'ra bien.
La journée passe, la nuit arrive
A la porte on entend frapper :
Oh ! Quel bonheur, sa joie est vive,
Son grand Louis viens donc de rentrer.
Prestement elle ouvre la porte...
Qui qu'ell' voit ? Le gros Nicolas !
Vous me surprenez de la sorte...
Et mon mari qui n'est pas là !
Ben d'z' va m'en aller ma bonn' dame
- Mai non, entrez donc un moment
Boh ! J'sais pas... à peu v'la qu'au s'came
Près du poèle et du vieux chat blanc !
Vous voulez t'y prendr' quelque chose ?
Nous avons du bon Maconnais ?
D'ze vous ben... Boui ! comme aul est rosé
Nos l'prendrot pour du Beaujolais !
Acceptez donc un p'tit beurre
Votr' canon ça le f'ra passer.
Puis aussitôt dans la demeure
De nouveau on entend frapper.
C'est lui qui r'vient et votr' présence
Seul avec moi : c'est pas normal !
Etre ici pendant son absence
Au va sur'ment y trouver mal.
Allons, courrez vite à l'étable
Non, il pourrait vous attraper.
Cachez-vous plutôt sous la table
Oh ! mais non, il verrait vos pieds !
Mazette où faut-il que j'vous loge ?
- Ouvre-moi donc... y est ma qu'est là !
Tenez, cognez vous dans l'horloge,
Et puis surtout ne bronchez pas !
Bonjour mon Louis, bonjour ma grande.
Deux verr's, t'as donc eu un veilleux ?
Ma foi non, mais j'suis si gourmande
Et j'buvais pour toi dans les deux.
Tiens, l'horloge est donc arrêtée ?
C'tes affutiaux y est tout beurdin !
Faudrait ben qu'elle soit remontée
Pour qu'on voit l'heur' demain matin !
L'pour Nicolas avot la frousse
Quand y senti r'monter les poids.
Malgré lui v'la t'y pas qu'au tousse
Tiens ! notre horloge a donc pris froid !
Aul ouvre la porte de chêne
Pour faire marcher le balancier.
Qui qu'te fais là, bougr' de sorcier ?
Et ! ben t'y vois ben d'ze m'promène !
31 décembre 1937
Le Saut du maçon
I
Comme ce jour là, c'était dimanche
Notre gai maçon s'habilla
Mit sa plus bell' chemise blanche
Et son habit de grand gala...
Tout gaillard, notre homme s'empresse
Philanthrope et plein de bonté,
De se rendre à cette kermesse
Pour le matériel des pompiers.
II
Dans le jardin de la mairie
Arriva le joyeux maçon,
Sa bonne figure épanouie
Le fit repérer sans façon.
- Allons mon vieux, prends un' palette
Tu vas voir c'que tu vas gagner.
- Viens donc plutôt à la buvette
L'vin est bon : c'est du vin d'pompier !
III
Hé l'ami, viens donc jouer aux courses
T'as d'la vein' toi, comm' les coucous,
Allons, délie un peu ta bourse,
On gagne presque à tous les coups...
- Viens plutôt actionner la pompe,
Faut-êtr' costaud d'la tête aux pieds.
Ah ! pour ça oui, j'ai un' bonn' trompe
A fair' caler tous les pompiers !
IV
Dans cette attirante buvette,
Avec tous les bons vieux copains,
Bercé par une chansonnette,
L'on but du soir jusqu'au matin.
Comme il voyait pointer l'aurore,
Il se dit: Allons-nous coucher,
Et si ma femm' rouspète encore...
J'dirais qu'c'est la faute aux pompiers !
V
Il se dirig' sur la terrasse,
Trouvant le trottoir un peu haut,
Fait un rétabliss'ment sur place
Aussi léger qu'un escargot...
Alors, délaissant la kermesse,
Il enjambe le parapet.
Douz'mètr's au d'ssous avec souplesse,
Tomb' sur toit d'un cabinet.
VI
Le bourrelier propriétaire
Qu'était ma foi bien installé,
Se dit : C'est un tremblement d'terre,
C'est la tour qui vient d'écrouler.
Il s'écrie : Ohé ! Marguerite !
Sauv' qui peut ! réveill' les voisins !
Y a tombé... allons lèv'-toi vite !
Un' bombe atomique c'est certain !
VII
Reveillée par ce tintamarre,
Marguerit' saute en bas du lit.
Dans la cour un' forme bizarre :
Le corps d'un homme tout applati,
- Il est mort ! .. Il va rendre l'âme...
Faudrait le faire administrer...
Y s'réveille et dit : Monsieur, Dame,
Excusez-moi, d'vous déranger !...
VIII
D'l'hôpital y r'monte en Molaise
R'trouver sa femme et ses enfants.
Notre maçon se sent à l'aise
Et rentre presque triomphant.
- Comm' la Kermesse était fort belle,
Moi, j'ai voulu la cloturer
Par une attraction nouvelle
...En sautant bien mieux qu'un pompier !
22 Décembre 1945
Le Toène et son cochon
Le Toène, comme son saint patron,
Voulait possédait un cotçon
Pour ça, va faire son emplette
A la foir' prochain' de La Clayette.
Afin d'avoir l'hiver venu
Un bon salé comm' le Chanut...
Il pense trouver son affaire
En s'inspirant au fond d'un verre,
Puis achète un petit goret
Au nez rose, à l'air guilleret.
Met dans un sac sa marchandise
Et part tout fier dré comm' la bise.
Le coeur gai fredonne un refrain
Qu'il ramiaule jusqu'à Sans-Frein
Rentre en passant chez le Philippe
Qu'étot en train de fumer sa pipe,
Pendant que la soupe trempait,
Que la marmaille s'amusait.
Qu'ell' bonn' surpris' ! Te v'là mon toène,
Dis-moi donc quel bon vent t'amène ?
- Dze r'vins d'La Clayett', paye un canon...
Dz' vas laissi dehors mon cotçon.
On goût' le vin, on trinque ferme,
Mais y s'pass' quéqu'chos' dans la ferme !
Les enfants ont un tsin corniau
Qu'les parents voudrint foutre à l'eau,
Trouvèr'nt cette occasion unique
De faire un'échang' très pratique.
En effet, le Toène n'a rien vu,
Prend son sac, court comme un veurdru.
Tandis qu'les gamins rient sous cape,
On entend un gros tsin qui dzape.
Lu dans l'sac en fait tout autant
Et même un satané boucan.
Le Toène essayot d'le faire taire :
Si t'continue j'te fous par terre,
T'as biau faire le tsin, ch'tit grognon,
Ma je sais ben qu't'es un cotçon !...
Arrivant tcé lu, la Pierrette
Lui dit : Mon gros, viens faire la bisette
Montre-moi donc ton animeau.
C'tu p'tiot goret comme aul est beau.
Le Toèn' va pour ouvrir la boge,
Le ch'tit mâtin sort de sa loge.
La Pierrette en tomb' sur... les genoux
En criant: - Mon pour homme est fou
Au répond - Y'en est un' tournée,
Notr' maison est ensorcelée !
A force de dzaper, c'tu beurdin,
Notr' goret s'est tourné en tsin !!!
10 Décembre 1943
La queue de la vache
Vers trois heur's et d'mi du matin
Je poussai du coud' la Françoise,
Qui me répondit la bourgeoise :
- Laiss'me donc dormir, vieux mâtin !
Je voulais te parler de la foère
Qui tombe aujourd'hui le 10 mai.
J'irai ben ach'ter si ça t'plait,
Un' bonn' vache qui f'rait notre affaire.
Mais Dzean-Yaud', t'es pas tout beurleau
Ton idée n'est pas rien mauvaise,
Y'a le grand Michel de Sermaise
Qu'en a ben toujours un bon lot.
Elle saute au bas du lit, s'habille,
Allum' le feu, fait chauffer l'jus.
Nous l'buvons et j'me sauv' l'dessus
Donn'-moi des sous, t's'ras bien gentille...
Ell' teugne un peu pour m'en donner.
J'arriv' dans l'bourg du Téméraire,
J'vois l'grand Michel sur la foère,
Près d'ses vach's en train de bailler.
- Faudrait ben que tu m'vend's un' vache ?
- Ca peut bien s'fair', qui me répond !
Allons boire un pot chez Bouillon,
Qui m'dit en frisant sa moustache.
On boit un pot, on en boit deux.
Y a du bon pinard à Tçarolles !
- Combien ta vach' ? - Trent'six pistoles !
- A trent'cinq vendu, si tu veux !
-Trent'cinq vendu ! donne une étrenne..
J'baille un écu, pis j'paye un pot.
On en boit deux, même un peu d'trop.
Allons, ma vach', faut que j't'emmène !
Me v'là parti pour la Croix d'Reuil.
Les arbres dansaient sur la route,
Ma vache aussi, sans aucun doute,
Enchanté' d'un si bon accueil.
C'est-y l'effet du p'tit vin rosé
Qui m'rendait joyeux ce soir-là,
Pour marcher tout droit devant moi
Un' queu' d'vach' ça sert à quèqu'chose.
Ell' me tirait, tout allait bien,
Tout d'un coup, je but' dans une pierre
Et voilà mon Dzean-Yaud' par terre,
Tirant sur la queue comme un tsin !
J'me dis, mon vieux, tiens bon la guide,
Quand v'la qu'ell' me reste dans les doigts.
Ton maquignon s'est foutu d'toi,
Ses vach's n'ont pas la queue solide.
La vache effrayé' court devant.
Grand Dieu ! que va dir' la Françoise ?
Sur'ment, ell' va m'chercher des noises
Si j'arriv' seul, les bras ballants !
Alors je pass' par la barrière
En tremblant, je long' la maison
Prêt à r'cevoir mon coup d'bâton.
- Enfin te v'là r'venu d'là foère ?
J'répond rien. - Tout d'même te voila !
Et la vache est dans l'écurie ?
J'répond rien. - Parle je t'en prie !
- J'ai pas plus d'vach' que d'boquin, na !
- Dans c'cas, montre-moi la goyotte !
- J'ai pus d'sous, jai tout dépensé.
- Sans rien ach'ter ? C'est insensé,
Tu t'es saoulé vers la Charlotte ?
- Je n'suis pas saoûl, mais j'ai bien bu
Chez l'gros Bouillon, t'es pas jalouse ?
Aide-moi donc à quitter ma blouse
Car j'veux m'coucher, j'suis tout fourbu.
- Ben va t'coucher davou la treue
Pour te guérir de ta pistache !
- Fach'te pas, Françoise, j'lai ta vache,
Mais l'marchand n'm'a vendu qu'la queue !
21 Novembre 1943
Les Cloches du Village
1
Avez-vous entendu sonner,
Par la tçaleur ou ben la bise,
Dans l'villag' de Vaud'barrier,
Les cloches de sa p'tiote église ?
Elles sont vieilles comme tout.
Les dzens ignoront leu naissance.
C'qu'y z'en ont t'y sonné des coups,
Pour le Bon Dieu, d'puis mon enfance
2
Nos s'amusint tot réveillés,
Sous les âbres qu'y a su la piaice,
L'cueuré tseuffôt le marguillier
P'tirer la cloch' pe dir' la messe.
Heureux, nous d'mandins les amis,
Quant nous sortins du catétcime,
D'sonner l'Angélus de midi.
Pour nous, les gâs, y étot sublime !
3
A peu les dzors ont ben passés,
Loin, bien loin de mon mariadze,
Les ans sur les cloch's ont glissé,
Rien n'a changé dans le villadze,
Mais nos bons vieux ont disparus
Et dremont près de nous en terre.
Les cloches les ont reconnu
Et leur chantont une prière.
4
Si les cloch' étins supprimés
Qui donc annonc'ro les baptêmes,
Le départ des êtres aimés,
Les unions des dzeuness's que s'aiment.
Pus l'Angélus, pus de réveil !
La vie deviendrot triste et grise.
Vaud'barrer tomb'ro dans l' sommeil
Sans les cloches de sa vieille église.
1930