Mon Grand-père maternel, l' Glaude Delorme est né à Juchaux, hameau de Viry, le le 6 juin 1893.
Il a surement croisé le Dzan dans sa jeunesse...





Le Dzan, de Viri

Vos ait-y cognu le grand Dzan...oué le Dzan de Viri ?

Ol est bin vieu à c'te houre, mais y a quéqu'an-nées ol étot encore bin faraud.
Ol en a t'y fait dans son dzeun' temps quand ol étot dans l' domain-ne du Mocheu Françouais...

Les vieux disant qu'el étot gormand c'ment un loup et tsat c'ment éne b'lette et qu'o pensot qu'à cori à Tsarolles pe bin goûter à la plaisse de mandzi les tortiaux de sanrazin et les treufes à la pate que l'y faillot sa fe-ne...

Y fallot le var les dzos de fouère, les méc'redis, su le tsemin d'avou ses deux sabots nus, sa queulotte  à barrère, son gaban bleu à pe son grand tsépiau...y en faillot du fu dans les balais...

Su l'tsamp de fouère, ô regardo bin les bus, les vatses, les viaux... o cratso ben dans la r'vère p'amusi les ablettes...
Ol allot min-me jusque su la rote de Yeuni pe var les cotsons, les motons, les tchevres... mais y est pas c' que l'intéressot....Ol en vaillot prou tote la semin-ne...
Ol attendot midi...

Quand le premi cop souno, ol entrot vé la mère Satan... Vos l'ait-y cognue, la mère Satan ? Non... Y est dommadze : alle t'not auberze à Tsarolles et tos les bonhommes y v'nint goûter les dzos de fouère.
Ass'tôt qu'ol étot rentré, o s'installot à la grand' tabi-e à cinquante sous et dze vos dit qu'ça... du dzambion, du fricot, des treufes, du viau, des peureaux, des p'tés gatiaux..à pe un ch'tit vin que v'not du couté d'Igu'rande... Y étot quèqu' tsouse...

Quand y étot fini et qu'ol avot pris son café a pe sa goutte, not' Dzan reprenot le ts'min de Viri...: mais o faillot pas tant d' galipettes qu' le matin et dans les descentes ses sabots manquint d' l'y r'dziper p' les tiaux de dzambes...

En arrivant à la maigeon y étot tos les cops la min-me tsanson. Sa fe-ne, la Dzan-ne-Marie étot en train de r'boricauder des tsausses... Acouti-la...
" Te r'vins Dzan?... T'as-t'y bin gouter?...Qui qu'tas mandzi de ban?...
Du cop, l' pour Dzan revaillot tôt c'qu'y avot su la tabi-e de la mère Satan : le dzambion, le fricot, les treufes, le routi de viaux, les peurneaux, les p'tiés gatiaux...ol étot enco' à Tsarolles d'avou les gros mocheux qu'ol avot entrevus au café d' la Dame et o répondot en causant français c'ment z'eux :
- J'ai mangé des pommes de terre...
- Y étot-y ban çà ? que reprenot sa fe-ne...
Et l' Dzan répondot :
-Y est pas mouvais... mais y est jan-mais qu' des treuffes...

Et ol étot tranquille pe jusqu'au mec'redi d'après...


Un Charollais


Le Jean, de Viry

Avez-vous connu le grand Jean... oui le Jean de Viry ?

Il est bien vieux maintenant, mais il y a quelques années il était encore bien fier.
Il en a tant fait dans son jeune temps quand il était au domaine de Monsieur François

Les vieux disaient qu'il était gourmand comme un loup et goulu comme une belette et qu'il pensait qu'à courir à Charolles pour bien goûter, au lieu de manger les crèpes de sarrazin et les galette de pommes de terre que faisait sa femme.

Il fallait le voir les jours de foire, les mercredis sur le chemin avec ses sabots neufs, sa culotte à rayure, son caban bleu et son chapeau 
y mettait le feu dans les balais...


Sur le champ de foire, il regardait les boeufs, les vaches, les veaux... il crachait dans la rivière pour amuser les ablettes.
Il allait jusque sur la route de Lugny pour voir les cochons, les moutons, les chèvres... mais ce n'est pas ce qui l'interessait. Il en voyait toute la semaine.
Il attendait midi...

Quand le premier coup de midi sonnait, il entrait chez la mère Satan... la connaissez-vous la mère Satan? non, c'est dommage, elle tient une auberge à Charolles où tous les hommes allaient manger les jours de foire.
Aussitôt rentré, il s'installait à la table à cinquante sous et je vous dit que ça... du jambon, du ragout, des pommes de terre, du veau, des poireaux, des petits gâteaux... et puis un petit vin qui venait du côté d'Igrande.. C'était quelque chose...

Quand il eut fini et qu'il eu pris son café et puis sa goutte, notre Jean reprit le chemin de Viry... mais il ne fît pas tant de galipettes que le matin et dans les descentes ses sabots faillirent glisser de ses pieds.

En arrivant à la maison, c'était chaque fois la même chanson. Sa femme la Jeanne-Marie était en train de raccomoder des chaussettes... Ecoutait la...
- T'es revenu Jean ? As-tu bien manger ? ...Qu'est-ce que tu as mangé de bon ?

Du coup le Jean revît tout ce qu'il y avait sur la table de la mère Satan: le jambon, le ragout les pommes de terre, le roti de veau, les pruneaux, les petits gâteaux... il était encore à Charolles avec les Messieurs qu'il avait entrevu au café de la Dame et il répondit en parlant français comme eux
.
- J'ai mangé des pommes de terre
- C'est bon ça ? repris sa femme.
- C'est pas mauvais... mais ce n'ai jamais que des "treuffes"

Ainsi il était tranquille jusqu'au mercredi suivant...