Jeanne Barret, première circumnavigatrice du Monde





Le 22 Août 1764, tôt le matin, une charette tirée par deux forts chevaux quitte le bourg de Toulon-sur-Arroux et prend le chemin vers Digoin. L’attelage traverse Gueugnon vers 8h00 du matin et Rigny deux heures plus tard pour arriver vers midi à Digoin. Il s’arrête devant l’étude de Me Labélouge, notaire de Digoin.
La jeune femme qui en  descend est Jeanne Barret. Elle vient faire une déclaration de grossesse auprès d’un notaire royal comme la loi le lui oblige, sous peine de prison.
Pourqoui une habitante de Toulon fait-elle ce long déplacement vers Digoin pour sa déclaration de grossesse? Sans doute par peur des ragots !

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Mais qui est cette Jeanne Baret ?

Voici ce qu'écrit Hervé Morin, journaliste au Monde à son propos

Jeanne Barret (Baret ou encore Baré, selon les chroniqueurs), paysanne bourguignone ayant fini ses jours pensionnée par le roi, a traversé des aventures peu ordinaires.

Entre sa naissance à La Comelle (Saône-et-Loire), signalée sur le registre paroissial, et son entrée au service du naturaliste Philibert de Commerson (1727-1773) à Toulon-sur-Arroux, dans le Charolais, sa biographie est muette. Veuf, Commerson en fait sa maîtresse et sa compagne en botanique. Un fils mourra en bas âge. Ambitieux, Commerson gagne la capitale, où il se fait bientôt un nom. Recommandé par l'astronome Lalande (1732-1807), il est désigné comme naturaliste pour accompagner Bougainville (1729-1811) dans son voyage autour du monde.

Il n'embarque pas sur la Boudeuse, le navire amiral, mais sur la flûte l'Etoile, navire de charge, en 1767, avec un valet au teint frais, Jean, qui n'est autre que Jeanne. C'est le seul moyen que les amants ont trouvé pour contourner une ordonnance interdisant la présence de femmes à bord des navires du Roy. Pour entreposer ses herbiers, Commerson bénéficie de quartiers spacieux, avec toilettes privées, ce qui sera sans doute bien commode.

Mal en point, Commerson s'appuie sur son valet pour herboriser. C'est donc Jeanne aux seins bandés, sa "bête de somme", qui collectera, "des plus hautes montagnes du détroit de Magellan aux plus profondes forêts des îles australes", une bonne part des quelque 6 000 spécimens récoltés au cours du voyage. Est-ce elle qui a trouvé les plants qui passeront à la postérité sous le nom de bougainvillier, en l'honneur du chef de l'escadre ?

En tout cas, celui-ci se montre magnanime quand le pot-aux-roses est découvert, et il permet à Jeanne de poursuivre le voyage. Quand, au juste, a-t-elle été démasquée ? A-t-elle éveillé les soupçons dès le passage de l'équateur, en ne participant pas aux rituels scabreux qui l'accompagnent ? A-t-elle été démasquée par le capitaine de l'Etoile, à qui elle aurait dit être eunuque ? Par des membres de l'équipage, "ennemis de sa pudeur", selon les termes de Vivez, chirurgien de l'Etoile ? Ou encore par les Tahitiens, qui auraient vu en elle une "vahiné" au premier coup d'oeil ? Les versions varient selon les journaux de bord et les récits de voyage des participants au tour du monde.

A l'île de France (Maurice), le couple débarque, pour herboriser plus longuement dans les Mascareignes et à Madagascar. Commerson assiste l'intendant Pierre Poivre (1719-1786) dans ses efforts pour briser le monopole néerlandais sur les épices. Il meurt à Maurice en 1773, ayant légué une rente à Jeanne. Celle-ci se marie sur place avec un officier du nom de Dubernat.
Rentrée en France, elle vit le reste de son âge en Dordogne, bénéficiant, à compter de 1785, d'une pension royale pour avoir partagé, "avec le plus grand courage, les travaux et périls" de Commerson. Celui-ci avait reconnu son mérite en nommant Baretia le bois de quivi. Las, cet "arbrisseau charmant" avait déjà été baptisé, et l'appellation a disparu. Glynis Ridley, qui a publié en 2011 aux Etats-Unis une biographie controversée de Jeanne Barret, jugeait cette lacune injuste. Grâce à elle, la voilà comblée.


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