Récit du curé Delapanderie de Saint-Léger
Le jeudy 24 juin
1666 jour de la Feste Dieu et Nativité St Jean Baptiste, un parroissien
de St Léger nommé Francois GUIOT du village de Lafin aagé de 24 ans,
mary de Blaise BORDE, devant le soleil levé dudit jour alla aux cerises
et, peu apres estre monté sur un grand et hault cerisier, fut atteint
d'une foiblesse ou mal de cœur, et en mesme temps tomba sur la tere.
Telle cheutte a esté très malheureuse et funeste, car ledit Francois
GUIOT se démit et rompit la troisième vertèbre du cou, au dessous du
col, et par un contrecoup se fit très grande meurtrissure dans la
hanche droite et au bras gauche. Le premier coup ayant blessé et rompu
l’épine du dos, et en suitte le continu de la moüelle a rendu depuis
laditte fracture tout le reste du corps en bas insensible, a estouffé
la vessie relaxative de la nature tellement que tous les conduits d'en
bas sont demeurez fermés, néanmoins trois jours après nature estant
faible et débilitée laschoit le ventre sans violence, sans force et
sans sentiment, pour les urines le conduit n'estant pas droit et le col
de la vessie estant offensé et meurtry, elles n'ont pu sortir que par
l’innovation et ayde d'une sonde d'argent creuse autrement appellé
Largaril.
Le samedy suivant 26 juin, de Lafin, on mena sur un
char ledit GUIOT à Paray, affin d’estre vu et traitté par les
chirurgiens de la ville, qui le virent tous le lendemain qui fut le
dimanche 27 juin. Puis le mardy 29 juin jour de feste de St Pierre et
St Paul maître Guillaume BILLET docteur en médecine et maître Philibert
de la METERIE maître chirurgien traittant ledit malade, maîtres André
PONCET, Isaac VIRIDET, Jacques BOUILLET, Jean GUINET, Philibert DECAMP,
Alexandre BAUDERON, Isaac VIRIDET le jeune, tous maîtres chirurgiens de
la ville de Paray, après avoir vu le malade gisant dans une chambre
basse de la maison de vénérable Jean Baptiste MAYNEAUD prêtre
sociétaire à Paray, s'assemblèrent dans la chambre haute de laditte
maison proche St Nicolas et firent entre eux une consultation au subjet
dudit patient, et conclurent tous que le mal estoit incurable et
mortel.
Le mercredy 30 juin tous ces messieurs
s’assemblèrent encore pour remédier et remettre la vertèbre à sa place.
Ayant tous opiné et raisonné qu'il falloit nécessairement qu'il y eut
une vertèbre relaxée et hors de sa place, ce que pourtant ne luy
faisoit aucune douleur, quand il estoit couché sur son dos, mais aussi
tost qu’on luy touchoit la teste et les espaules et qu’on vouloit le
remuer, il demeuroit à cœur failly et la raison en est parce que l'os
de la vertèbre rompu et avancé au-dedans le piquoît très sensiblement
au-dedans quant on le remuoit. Après tous les remèdes, forces,
extensions et violences faites sur ledit malade, tous ces messieurs
n'ont pu remettre ledit os relaxé et rompu au dedans du corps, ce qui
ne paroissoit pourtant point au dehors, vray est que l'on sentoit bien
qu'il n'estoit à sa place, mais l'on ne pouvoit pas juger
extérieurement qu’il fut (outre sa non situation) rompu au-dedans
tellement que le sang descendant par les vaisseaux et veines du col en
bas trouvant son chemin ordinaire rompu se jettoit dans l’estomac ou
n'estant dans son lieu et repos naturel devoit infailliblement
suffocquer le patient ou se putréfier et y faire un absez qui fut esté
mortel, attendu la faiblesse et débilité des membres et facultés
naturelles intérieures.
Le vendredy suivant 2 jour de juillet ledit patient
sentant ses forces abbatues tesmoigna autant et plus fermement que
auparavant regret et douleur de ses fautes, et se coignoissant aux
approches de la mort, il demanda les derniers sacrements, aussy tost
venu maistre Jean Eléonord BOUILLET prêtre sociétaire curé de Paray
docteur en Ste Théologie luy apporta et administra la Ste Extrème
Onction à 4 heures du matin, après quoy ledit GUIOT fut pendant trois
heures à l’agonîe sans parole et sentiment et rendit son âme à Dieu à
sept heures du matin. Je ne puis omettre que ledit Francois GUIOT,
aussi tost après sa cheutte, demanda son curé, on madvertit de son
malheur à la sortie de l'office divin et messe parrossiale ledit jour
de la feste Dieu en mesme temps j’allay voir ledit GUIOT et iceluy me
disant ne sentir aucun mal ayant la voix, l’ouye et la vue fort bonne.
Je cru qu’il estoit bien à propos de différer jusques au lendemain de
luy donner les sacrements pour luy faire recevoir à jeun et avec plus
de décence et de respect.
Le lendemain qui fut le 25 juin je luy portay le St Sacrement et après
s'estre encore bien dehument et devotement confessé, il recut son
créateur avec toutes les marques d'un bon chrestien. Le 27, 29 et 30
juin je fus expres à Paray pour voir, consoler et faire prier dieu
ledit Francois GUIOT. Le vendredi suivant 2 jour de juillet, ayant ouy
dire qu’il s'abaissoit j’allay à Paray ou estant arrivé sur les dix
heures j’appris qu’il estoit mort depuis les sept heures du matin.
Sur le midy du mesme jour, tous les maistres
médecins et chirurgiens cy dessus nommés commencèrent l’ouverture de ce
corps. On trouva son cœur, son foye, ses poumons si nets et si sains
qu'ils dirent tous que sans cette malheureuse cheutte ou autre accident
violent, nature estoit assez forte pour luy donner vie cent ans. Et
après qu'ils eurent fait l’ouverture dudit corps et visité l’estomac et
le ventre et recognu les conduits d'en bas fermés et affaiblis ils
trouvèrent la ditte vertèbre (qui par dehors ne parraissoit que hors de
son lieu) rompue, enfoncée et brisée par dedans et le continu de la
moëlle de l’espine du dos dissou et rompu, l'estomac plein de sang,
partie coulant, partie figé et s'estonnèrent tous comment ledit patient
avoit pu encore vivre huict jours entiers après sa cheutte parce que le
coup estoit si furieux et si caché au-dedans qu'il devoit mourir un
moment après sa cheutte. Pour la grande affection que j’ay pour mes
parroissiens j’ay souvent visité ledit malade, invité et prié des
prêtres de Paray de le voir et autre, j’ay voulu voir et assister à
toutes les consultations faites pour luy. J’ay vu aussy l'application
des remèdes et l'ouverture de son corps, laquelle estant faitte et
toutes les entrailles remises dedans et le corps cousu par les
fratries, puis lavé et enveloppé dans un drap, fut mis dans un cerceuil
et d'autant que ledit Francois GUIOT pendant les 8 jours de sa maladie
avoit requis et demandé à diverses fois que si Dieu disposoit de son
âme, que son corps fut aporté et enterré à St Léger ; pour satisfaire à
ses intentions Catherin GUIOT père dudit Francois le fit aporter audit
St Léger, tellement que à soleil couchant dudit jour 2 juillet,
monsieur le curé de Paray cy-devant nommé accompagné de messieurs les
vénérables Francois BELLAVENNE, Claude de la METERIE et Philibert de la
METERIE prêtres sociétaires au dit Paray, fit l'enterrement du corps,
moy présent revestu d'un surplis et d'une estole, et nous tous
amenasmes le corps avec chant, lumière et solemnité funèbre jusques à
la porte ditte du Cornillon et finissant le chant monsieur le curé de
Paray dit l’oraison funèbre et Miserere puis s’en retourna ledit sieur
curé avec messieurs les dits vénérables.
De là je conduis le corps à St Léger où nous
arrivasmes fort tard et, parce que ledit corps avoit esté ouvert et
qu'il faisait excessivement chaud, on ne put différer son enterrement
jusqu'au jour, pourquoy fut enterré ceste mesme nuit et inhumé dans le
cimetière au devant de la petite porte avec toutes les cérémonies en
tel cas requises. Il est mort bien contrit bien résolu à la volonté de
Dieu bien confessé et communié, a recu la ste extreme onction, a esté
bien assisté spirituellement et temporellement, a mis ordre à ses
affaires temporelles. Il a esté bien assisté à l'heure de sa mort. Je
crois que son âme est sortie de ce monde en estat de grâce et qu'elle
est en lieu de repos, requiescat in
pace. J'ay escrit tout ce que dessus pour l'avoir vu propriies oculis et pour la rareté
du fait qui paraistra incroyable à ceux qui le liront après moy et qui
a surpris et estonné messieurs les médecins et tous messieurs les
chirurgiens et pour laisser à mesme un advis à messieurs mes vénérables
successeurs de bien exhorter leurs parroissiens de n'aller jamais aux
cerises les festes et dimanches qu'ils n'ayent ouie la Ste Messe, de
fuir tout vice et péché et se conserver précieusement et soigneusement
dans la Ste Grâce et de se bien recommander à Dieu, vu qu’ils ne
scavent le jour et l'heure auxquels la mort qui les cherchent
continuellement les attaquera, vigilate
quia nescitis diem neque horam...
Le samedy suivant 3 juillet qui fut le lendemain
après l'enterrement, Catherin GUIOT père dudit Francois et Blaise BORDE
enceinte et sur ses jours, relicte dudit feu Francois et leurs
personniers firent sonner les 3 rappels de mort, assistèrent à l’office
de Ste Messe chanté et célébré pour ledit defunct Francois, pour lequel
ne fut sonné à l'arrivée de son corps dans la paroisse ny dans l’eglize
en raison de l'heure indigne de la nuit, le dimanche onzième jour de
juillet on fit le luminaire et les prières dudit feu Francois GUIOT.
Je certifie et atteste le tout estre véritable comme
je l’ay escrit cy dessus, tesmoing mon seing cy mis, fait à St Léger ce
jourdhuy douziesme jour de juillet mil six cent soixante six.
Signé J. J. DELAPANDERIE
Sources:
"Nos ancêtres et Nous" N° 134
Archives départementales de Saône et Loire - Registre de
Saint-Léger-les-Paray (1643-1694 - page 102/145)
Ascendants de Jean-Marc DUCERF jusqu’à Catherin GUYOT
Génération 1
1 - Jean-Marc DUCERF 1953
Génération 2
3 - Hélène Marie DELORME 1923
Génération 3
7 - Jeanne DUCAROUGE 1897-1970
Génération 4
14 - François DUCAROUGE 1864-1933
Génération 5
29 - Marie BERNARD 1883
Génération 6
58 - François BERNARD 1812-1874/
Génération 7
116 - Benoît BERNARD 1788-1838
Génération 8
232 - François BERNARD 1762-1839
Génération 9
464 - Claude BERNARD ca 1730-1764
Génération 10
928 - François BERNARD 1698-ca 1755
Génération 11
1 856 - Claude-Marie BERNARD 1667-1710
Génération 12
3 713 - Marie GUYOT ca 1640-1705
Génération 13
7 426 - Catherin GUYOT ca 1605-