Les Cahiers de Doléances de Rigny-sur-Arroux du 15 Mars 1789


15 Mars 1789 à Rigny sur Arroux



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Cahiers des plaintes, doléances et remontrances de la paroisse et communauté de Rigny sur Arroux

Le syndic, bourgeois, laboureurs et autres habitants de la communauté de Rigny sur Arroux ayant entendu la lecture des lettres de convocation pour les Etats Généraux à eux adressées à la voie de leur syndic, de la part de Monsieur le Grand Bailly d’épée au baillage d’Autun; ayant pris en considération l’invitation que sa Majesté veut bien faire à tous ses sujets de porter au pied du trône leurs plaintes, doléances, remontrances sur tout ce qui peut les intéresser et présenter les moyens les plus efficaces pour opérer en même temps et la prospérité générale du Royaume et le bonheur particulier de tous et un chacun des sujets, lesdits habitants ont exprimés ce qu’ils pensent et désirent comme s’ensuit :

Article 1
- Ayant eu communication de la requête présentée à sa Majesté par le Tiers-Etats de la ville de Dijon lesdits habitants ont adhéré, sans aucune réserve, à toutes les plaintes, doléances et remontrances si justement et si énergiquement développées dans ladite requête, et ils renouvellent aujourd’hui en tant que de besoin, l’adhésion solennelle qu’ils ont déjà donnés le huit février de l’année courante, priant instamment MM. les Députés du Tiers-état de ce baillage aux Etats Généraux du royaume de solliciter l’effet des mêmes demandes tendantes uniquement au bien général du roi et de la province.

Article 2
- Les habitants de Rigny estiment que dans l’état où se trouvent actuellement les finances du Royaume d’un côté, et de l’autre l’état de faiblesse et d’impuissance où se trouve la classe la plus nombreuse des citoyens qui le composent dans cette province, les Députés aux Etats Généraux doivent aviser aux moyens les plus propres à acquitter la dette nationale, sans qu’il n’arrive aucune augmentation d’impôts à la classe indigente qui paye déjà plus qu’elle ne peut.
L’amour seul du bien public qui les animera surement leur fera trouver des ressources abondantes: nous allons en indiquer quelques unes :

Diminution du nombre de receveurs des impôts et de leurs appointements

Il importe au bien général de l’état que ce que chaque citoyen paye au roi pour le maintien et la prospérité de la chose publique parvienne à sa destination avec autant d’intégrité qu’il est possible. De la part du souverain, c’est le besoin seul qui demande et doit exiger les impôts, et de la part du peuple, surtout du peuple français, ce doit être l’amour qui doit les offrir et payer avec plaisir. Les receveurs des impôts sont donc comme des dépositaires de ce que la nécessité seule peut exiger et de ce que l’amour doit offrir volontiers d’après ces idées fondées sur la nature et la destination des impôts, comment a-t-on pu souffrir jusqu’à présent qu’une grande partie des impôts, au lieu de parvenir au roi, qui en a besoin, reste entre les mains de ceux qui sont chargés de les recevoir ? Avec qu’elle indignation les peuples ne voient-ils pas que les privations qu’ils s’imposent pour les besoins de l’Etat ne serve au contraire qu’à faire la fortune et à satisfaire le luxe de quelques particuliers? Les appointements des receveurs sont une surcharge terrible pour les pauvres peuples : c’est un impôt à ajouter à ceux dont l’état a besoin, d’autant plus difficile à supporter que les remises qui devraient le faire diminuer servent de prétexte à son accroissement. En effet, aujourd’hui que les impôts du Tiers-Etat son plus considérables qu’ils n’ont jamais été, la recette de plusieurs paroisses de ce baillage ne suffit pas pour les appointements des receveurs particuliers qu’il y a dans chaque baillage. Il y a un receveur général de tous les impôts de la province; qui peut nombrer de combien de provinces les impositions restent entre ses mains ?
C’est donc un ancien abus à réformer, tant pour le soulagement des subsides nécessaires à l’acquittement de la dette nationale.
Les receveurs font des frais aux assesseurs quoiqu’ils soient exact à leur apporter les impositions de la paroisse. Ils sont d’un accès difficile ; ils font souvent attendre les malheureux qui sont venus de loin, qui ont quitté leurs propres affaires pour apporter l’argent qu’ils ont pu ramasser, et ils leur font payer, sur la légère rétribution qu’on leur accorde pour les peines de la collecte, des frais de commandements qu’ils n’ont pas mérités et auxquels ils ont fait tous leur effort pour se soustraire
Pour acquitter les dettes de l’Etat : la contribution de tous les nobles, privilégiés et ecclésiastiques, à raison de leurs grandes propriétés. Les ducs et pairs du royaume ont donné à cet égard un exemple de générosité que tous les nobles doivent s’empresser d’imiter : rien n’est plus digne d’une grande naissance, d’un grand nom et des sentiments élevés qui doivent les accompagner que de recourir au bonheur de ses concitoyens. "
Quand à ce qui regarde la contribution que l’on peut attendre du clergé, nous demandons que tous ceux qui possèdent les biens d’église supportent leur part d’impôts, à raison de l’étendue de leurs propriétés et en proportion des fonctions et devoirs plus ou moins pénibles attachés à leurs états. Quels secours abondants le gouvernement ne trouvera-t-il pas dans ces riches abbayes, ces prieurés, ces chapitres, ces communautés de l’un et l’autre sexe, qui ont des revenus si considérables dont l’emploi les embarrasse souvent ! Il faudrait encore exiger de ces communautés qu’elles reçussent gratuitement les bons sujets qui s’y présenteraient.

Article 3
- Il y a d’autres ressources pour acquitter les dettes de l’état, sans charger le pauvre peuple, qui seront sûrement indiquées par des personnes plus instruites.

Article 4
- Le Tiers-état n’a aucun motif qui puisse l’encourager à servir le roi et la patrie dans la profession des armes. On l’exclut de toutes dignités militaires, et il semble qu’il ne lui est permis d’y mourir. Nous espérons de la bonté du roi que par la suite le mérite sera récompensé. Nous osons encore espérer que Sa Majesté abolira les coups de plat de sabre, châtiment introduit depuis peu dans les troupes françaises et qui au lieu de ramener au bien les soldats délinquants ne font que les dégouter du service et de les porter à la désertion.

Article 5
- Nous payons en Bourgogne pour ne point avoir de troupes en garnison. Nous demandons la suppression de cet impôt qui nous parait mal entendu, et nous croyons qu’il serait avantageux à la province d’avoir des troupes dont la consommation augmenterait le commerce et ferait enter par cette voie une partie de l’argent qu’il soudoie.

Article 6
- Depuis longtemps nous soupirons après l’heureux moment où le sel, cette matière de première nécessité, serait déchargé des impôts qui en rendent l’usage si difficile et si souvent impossible à une grande partie des pauvres habitants de la ville et de la campagne. Si le roi savait, comme nous le voyons tous les jours, que des laboureurs, des vignerons, des journaliers, après avoir arrosé la terre de leur sueur pendant le jour, mangeant du pain très grossier et ne sont pas en état de saler leur soupe, leur nourriture ordinaire, parce que le sel est trop cher, le coeur paternel de Sa Majesté en serait émut et elle ferait jouir tous ses sujets des avantages qu’elle peut leur procurer en rendant libre le commerce du sel. D’ailleurs cette diminution si désirée dans le prix du sel serait très utile à la nourriture et à l’entretien du bétail, et on s’apercevrait bientôt dans tout le royaume du bien qui en résulterait

Article 7
- La paroisse de Rigny est composée de plus de cent cinquante feux. Il n’y a point ici de propriétaires cultivateurs. Toutes les métairies sont occupées par des laboureurs pour autrui et appartiennent à des forains. Les autres habitants de la paroisse sont ou des fermiers desquels dépendent ces laboureurs, ou des journaliers et quelques vignerons qui occupent les locateries. Le sol de cette paroisse, très peu fertile, ne produit que du seigle et en si petite quantité que les trois-quart des domaines recueillent à peine pour nourrir les cultivateurs. La moindre maladie, la moindre cessation de travail réduit à la dernière misère un grand nombre des habitants et c’est une surcharge pour les autres. La rivière Arroux qui partage la paroisse cause beaucoup de dégâts chaque année dans tous les fonds qui l’avoisinent, soit en dégradant considérablement, soit en emportant une partie des récoltes.

Article 8
- Nous demandons que tous les meuniers soient tenus d’avoir chez eux une balance et des poids pour que chaque particulier puisse s’assurer qu’il ne lui a pas été fait de tort.

Article 9
- Touchant les métiers, il y a un abus criant dans cette province, en ce qu’il est presque impossible d’avoir réparation pour dommages causés par le bétail. Dans les différents héritages par rapport aux formes difficiles de la loi qu’il faut suivre, nous estimons que les dommages soient estimés et payés sur le champ. On a coutume de renvoyer ce payement aux assises prochaines de la paroisse qui se tiennent une fois chaque année. Un si long délai ne fait qu’enhardir la négligence des uns et la mauvaise foi des autres.

Article 10
- Les monitoires ne devraient s'accorder que pour des choses graves et non pour des faits de chasse et de pêche et autres objets minutieux.

Article 11
- Nous demandons que la chasse et la pêche soient permises à tous les citoyens, et qu’il n’y ait plus de banalité et de mainmorte.

Article 12
- Suppression des cottes d’offices, comme favorisant l’envie et la vexation

Article 13
- Abolition des corvées

Article 14
- Nous demandons qu’ont puissent racheter les rentes seigneuriales et qu’il n’y ait plus de droit de retenue pour les seigneurs, non plus que des lots et ventes.

Article 15
- A l’exception d’un premier domestique accordé aux nobles, privilégiés ou ecclésiastiques, tous les autres devraient être tenu de tirer au sort pour former les régiments provinciaux. N’y assujettir que les gens de la campagne, c’est les engager à la déserter pour aller demeurer dans les villes, au grand préjudice de l’agriculture. Les laboureurs ont peine à trouver des domestiques et ils sont hors d’état pour la plupart de payer les gages qu’on leur demande qui aujourd’hui coûtent jusqu’à cent livres, sans la nourriture.
Il y a un abus à réformer touchant le tirage au sort : plusieurs garçons en sont exemptés par faveur, au grand mécontentement des autres à qui on ferme la bouche par des menaces. Il serait à propos que les garçons qui vont tirer au sort ne fussent pas obligés de se transporter à plus de deux lieues de leur résidences : ce serait prévenir bien des fautes que l’attroupement et le mauvais exemple les engagent à commettre.

Article 16
- Nous estimons que lorsqu’il y aura des ouvrages publics à faire et qui exigent un grand nombre d’ouvriers, il serait à désirer que Sa Majesté voulut y envoyer des troupes : les travaux si précieux de la campagne n’en souffriront pas comme nous l'éprouvons depuis plusieurs années et surtout depuis l’ouverture du canal du Charolais.

Article 17
- La plus grande partie des bois se convertissant en taillis et y ayant plusieurs domaines de cette paroisse dans leur voisinage, les chasses au loup deviennent d’une absolue nécessité. Cependant il n’y en a jamais d’ordonnée et il ne s’en fait point. Les sangliers faisant beaucoup de ravages, nous prions Sa Majesté d’accorder à tout sujet la permission de les tuer.

Article 18
- Au moment de la clôture de notre cahier, les vignerons de cette paroisse nous ont remonté que les vignes ont été totalement gâtées par les gelées et qu’ils craignent de perdre le fruit de leur travail pendant plusieurs années

Article 19 - Nous consentons tous à payer les frais de nos députés, ainsi que les honoraires de l’officier qui est venu tenir notre assemblée, en l’absence et empêchement de Mrs les officiers de justice de cette paroisse, au marc la livre de nos impositions.


Fait et arrêté ce jourd’hui quinze mars, dans l’assemblée générale de la paroisse, à Rigny, et ont signé tous ceux qui le savaient .