Un pelerinage à
Notre-Dame-du-Châgne


Henri Vincenot
Voici une histoire transmise à
Henri Vincenot par un de ces vieux parents, Bonaventure Vincenot, qui
est mort centenaire en 1920 :
Le Philibert Claudot
était marié avec la Banniche Baudot. Ils avaient deux filles : la plus
jeune, Marie était célibataire. L'Aînée la Félicie, était mariée avec
l'Arsène Gautherot, mais elle ne pouvez pas avoir d'enfant. elle était
aussi marrie que son homme, car si elle avait eu des petits, elle aurait
pu prendre un "nourrin", un enfant en nourrice, comme la plupart des
femmes du pays, ou même aller faire nourrice à Paris, comme la
Catherine Berthot qui était la nourrice du fils du comte d'Orléans. Elle
aurait pu ainsi gagner de quoi acheter du bien et construire maison.
Un jour le Philibert
dit à sa femme :
" Mais si la Félicie
allait faire le pélerinage à Notre-Dame-du-Châgne et que pendant ce
temps-là tu fasses une petiote neuvaine bien convenable...? "
Le lundi de
Pentecôte,
on attela donc Cocotte et tout le monde s'en fut au pélerinage, les
vieux, le gendre, les deux filles, tous bien décidés à demander le
prodige.
On fit là-bas ce
qu'il
fallait faire, puis pendant neuf jours la Banniche fit la neuvaine ;
pendant neuf jours, elle dit neuf "ave" (" Je vous salue Marie ") et
neuf
fois " Boune Dame, baille don un p'tiot ai mai paure petiote " (Donne
un
petit à ma pauvre enfant)
Garcon ! On ne peut
pas
dire que cette "peurière" ne fut pas entendue, car neuf mois après on
attendait un heureux événement, mais c'était la Marie, la fille
célibataire, qui accouchait d'un beau garçon !
La mère fut jurée et
sacrée par le Philibert, son homme : " C'ast de tai faute ! T'ai dit ai
la Bonne Dame : baille un petiot à ma petiote, ma te ne lu ai pas dit
lai celle que c'étot " (C'est ta faute : tu as dit à la Bonne Dame :
donne un petit à ma fille, mais tu ne lui as pas dit laquelle !
)