Le passé était épouvantable !
Par Laurent Alexandre
publié le 17/01/2019
Laurent Alexandre, né le 10 juin 1960 à Paris, est un chirurgien-urologue, essayiste et entrepreneur français.
N'écoutons pas les sectes, les intellectuels apocalyptiques, les
complotistes... Savourons notre chance de vivre en 2019.
Les marchands de peur ont convaincu les Français que nous vivons une
période horrible de l'Histoire, ce qui est faux ! Le pape François ne
répète-t-il pas que le capitalisme est le fumier du diable ? En
réalité, le monde n'a jamais été si doux, la criminalité plus faible,
la malnutrition plus réduite et la Sécurité sociale si généreuse. Les
taux de criminalité, nous rappelle le philosophe Steven Pinker, ont été
divisés par 30 à 100 depuis le Moyen Age : "Vous avez tendance à avoir
une image des temps médiévaux avec de paisibles paysans vivant dans des
communautés soudées pendant que vous imaginez que le présent est rempli
de mass shooting dans les écoles et d'attaques terroristes." Regardons
de plus près ce passé idéalisé.
La peste tua 1 Européen sur 3 entre 1347 et 1352 et encore 300 000
Provençaux en 1720. Pour soigner le cancer du sein de la mère de Louis
XIV, ses médecins pratiquaient cinq saignées par jour puis Guy Patin,
le doyen de la faculté de médecine de Paris, choisissait de brûler la
tumeur au fer rouge. C'est l'époque où les chirurgiens anglais
inventent la maxime "Cut, Burn and Hope". Résultat : tous les cancéreux
succombaient dans d'atroces souffrances. En 1740, 30 % des enfants
mouraient avant 5 ans. Une éraflure par balle sur les champs de
bataille napoléoniens conduisait à l'amputation sans anesthésie ! Le
taux de mortalité dû à l'ablation du rein - la néphrectomie - était au
XIXe siècle de 50 %. Napoléon III est mort en 1873 de banals calculs
urinaires. Jusqu'aux travaux de Charles Kraft en 1888, 99 % des
appendicites entraînaient la mort. L'angine tuait de nombreux enfants
en 1900. Les infections alimentaires étaient responsables de 2000 décès
par an dans la France de 1900. L'ablation de la prostate était très
souvent mortelle en 1910. La grippe espagnole a tué 50 millions d'êtres
humains en 1918-1919. Cent pour cent des diabétiques insulinodépendants
mourraient après une effroyable agonie jusqu'à la synthèse de
l'insuline en 1922.
La vie n'a jamais été aussi magnifique.
En 1950, tous les enfants leucémiques mourraient en quelques semaines ;
la quasi-totalité guérit aujourd'hui ! Jusqu'à l'invention des
neuroleptiques en 1950, de très nombreux schizophrènes - il y en a
aujourd'hui 500 000 en France - étaient immobilisés dans les fameuses
camisoles de force. En 1955, les Alpes étaient encore parsemées de
sanatoriums où les tuberculeux attendaient sagement une mort probable.
Jusqu'à la mise au point du vaccin en 1955, la polio était responsable
de paralysies respiratoires gravissimes chez les enfants qui devaient
passer des années dans d'horribles "poumons d'acier" qui ne laissaient
que la tête à l'air libre. L'opération de la cataracte qui se réalise
aujourd'hui en ambulatoire en vingt minutes était, après-guerre, une
opération dangereuse.
Quant à l'ulcère de l'estomac qui se traite avec une poignée de
gélules, il gâchait la vie de millions de Français et les mettait en
arrêt de travail pendant de longs mois jusqu'à l'arrivée des
antiulcéreux, en 1974. En 1985, l'espérance de vie des malades du sida
était de 11 mois. Avant le vaccin, l'hépatite B tuait 500 jeunes
Français chaque année. Oui, gérer le pouvoir démiurgique que les
technologies NBIC (les Nanotechnologies, biotechnologies, informatique
et sciences cognitives) vont nous donner va être difficile mais on ne
peut se complaire dans la nostalgie du passé.
Français, n'écoutez pas les sectes, les intellectuels apocalyptiques,
les complotistes, les pessimistes, les Ayatollahs verts : la vie n'a
jamais été aussi magnifique. Pour vous en convaincre, courez
télécharger un livre d'histoire de la médecine. Car non, ce n'était pas
mieux avant ! C'était horrible, avant ! Savourons notre chance de vivre
en 2019 : la vie y est plus belle que jamais.